Mardi 16 septembre 2008
2
16
/09
/Sep
/2008
22:38
Dès notre arrivée, Louis, la personne qui s'occupait de notre appart, nous a prévenu : "
Je n'ai jamais rencontré de Français vantant la gastronomie québecoise." Et bien Louis, nous voilà! Car nous avons découvert la Poutine. La Poutine ce sont des frites recouvertes d'une sauce,
dont les ingrédients me sont encore inconnus, de morceaux de cheddar et parfois de maintes autres ingrédients. La Poutine se trouve partout mais la meilleur se trouve à la Banquise, resto très
célèbre, ouvert 24h/24, 7j/7, et qui propose une vingtainne de Poutine différentes. Et la Poutine se mange de préférence à 3h du mat... Un régal déjà testé de nombreuses fois...
Mais la Poutine fait débat ( 'sont fous ces canadiens!). Voici un extrait Le Quebc raconté par sa poutine, paru dans le sérieux journal montréalais le Devoir le 24 octobre 2007 :
"C'est un comble. Près d'un demi-siècle après son invention, la poutine va finalement révéler cette semaine à la face du monde sa véritable recette. Et les ingrédients qui entrent dans sa
composition sont loin d'être ceux que l'on attend: une généreuse portion de honte revenue dans un bain de complexe d'infériorité, quelques bâtonnets épicés de dénigrement, importés du ROC (Rest
of Canada) et de la France, trois louches de sauce à l'émotion, le tout recouvert d'un soupçon de plaisir coupable. Brassez le tout et attendez la réaction
À première vue, l'assemblage est pour le moins indigeste. Et pourtant, pour le politologue Charles-Alexandre Théorêt, il est bel et bien à la base de ce plat populaire, composé dans les faits de
frites, de fromage en grains et de sauce brune, qui depuis son apparition dans un restaurant de Warwick dans les années 50 -- ou peut-être un resto de Drummondville, qui sait? -- fait couler
beaucoup d'encre, attise les susceptibilités, fait grimper les snobs dans les rideaux... pour finalement en dire très long sur le Québec d'hier et d'aujourd'hui.
«C'est un symbole et il est très intéressant», lance le jeune homme attablé devant une énorme «poutine élégante» -- avec champignons, oignons et saucisse fumée -- du greasy spoon Hot Dog Élégant,
rue Beaubien à Montréal. «Au-delà de l'anecdote, ce plat populaire raconte toutefois beaucoup de choses sur nous.»
Regarder le Québec à travers sa poutine. Ben quin! L'aventure semble aussi périlleuse qu'improbable. Mais elle devient finalement de plus en plus fascinante en tournant les pages de Maudite
Poutine, l'histoire approximative d'un plat populaire (Éditions Héliotrope) que Théorêt, un spécialiste des questions d'identité dans la définition des politiques de défense au Québec de 1960 à
1990 (!), lance cette semaine. Comme un petit pavé dans la marre de la bien-pensance.
«C'est un sujet pop avec lequel j'avais envie de faire réfléchir sans trop se prendre la tête, lance celui qui aujourd'hui travaille dans le monde de l'édition. Personnellement, je suis en paix
avec le fait que la poutine est un symbole de la gastronomie du Québec et je trouve assez bête l'attitude de plusieurs qui dénigrent ce plat. J'avoue aussi être choqué par tous ceux qui vivent
ici et qui n'ont jamais eu la curiosité d'y goûter.»
Ces comportements sont toutefois faciles à justifier, selon lui. C'est qu'avec une esthétique douteuse -- «du brun, du brun et du brun» --, un mariage humide entre des frites croustillantes
ramollies par une sauce souvent trop salée et un nom pas très ragoûtant, la célèbre poutine, tout en permettant de nourrir les masses à bas coût et de redonner un nouveau souffle aux fêtards
imbibés, a aussi tout pour susciter amour et haine chez ceux qui s'y exposent.
«Les jeunes générations n'ont pas de problème avec elle», estime l'auteur, tout en plongeant sa fourchette dans sa montagne de frites colorées par le vert d'un poivron et en jetant un regard
perplexe sur la poutine «de base» de son interlocuteur. «Mais pour les personnes plus âgées, cette invention culinaire est forcément plus gênante. Elle vient chatouiller le vieux complexe
d'infériorité des Québécois, qui s'inquiètent constamment de ce que va penser le reste du monde d'eux. Et la poutine, selon eux, pourrait les faire mal paraître.»
Cette susceptibilité, qui s'étend à d'autres emblèmes de la société, semble d'ailleurs avoir été bien cernée par les détracteurs du Québec qui ne rechignent jamais à brandir le trio
frites-sauce-fromage «pour caricaturer, parfois même dénigrer carrément la société québécoise», écrit Théorêt tout en relatant dans son bouquin plusieurs attaques ciblées à la poutine, visant
principalement le mouvement souverainiste et le caractère distinct de la province.
C'est d'ailleurs dans cette «poutine constitutionnelle», telle que définie par l'auteur, que Brian Fawcett, poète canadien-anglais, a, un jour de 1997, décrit ainsi ce plat typique pour mieux
exprimer l'absurdité, selon lui, du Canada: «Frites, cheez-whiz et sauce chimique. Ce plat québécois authentique est le meilleur argument pour jeter le Québec hors du
Canada.»
Voici la définition du mot «poutine» inscrite depuis quelques mois dans le très populaire site Internet Urban Dictionary, un lieu très fréquenté par la jeunesse anglophone dans l'air du temps.
«Ç'a été une grande surprise pour moi lors de l'écriture de ce livre, dit Charles-Alexandre Théorêt. Je ne pensais pas que ce plat pouvait engendrer des propos aussi haineux.»
Morceaux choisis: «Plat que les sales Pepsis du Québec mangent parce que c'est une race minable. [...] Imaginez des adolescentes québécoises, pauvres, grosses et laides, dans un
casse-croûte miteux par une froide nuit d'hiver, qui parlent de sexe avec leur accent dégoûtant en mangeant cette graisse mortelle. Voilà la poutine dans toute sa splendeur», relate l'auteur dans
son livre. Sans autre commentaire.
Source de railleries et de dénigrements, venant de l'intérieur comme de l'extérieur, la poutine est également, dans un paradoxe amusant, un objet incontournable pour exacerber «sa québécitude»,
constate l'auteur. «Quand on veut savoir si un immigrant est bien intégré, on lui demande s'il mange de la poutine, dit-il. Lors des audiences de la commission Bouchard-Taylor, j'ai d'ailleurs
entendu un Marocain qui brandissait cet argument comme preuve de son appartenance au Québec d'aujourd'hui.» "